Education

Première partie / La justice selon l'opinion

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L’introduction générale du cours a consisté essentiellement à dégager l'idée morale de justice. Nous étions en effet parti du mythe de Gygès pour jeter un éclairage cru sur nos morales communes, faites d'expédients et de transactions plus ou moins inavouables. Glaucon et Adimante attestent à l’inverse de leur vocation philosophique en ce qu’ils réclament des principes, non des slogans ou des sermons.

Nous pouvons ainsi revenir sur le livre I afin de mesurer, par contraste, l’insuffisance des opinions morales les plus courantes. Platon y organise en effet une saisissante série de portraits (Céphale, Polémarque, Thrasymaque) qui nous apparaîtront comme autant de moments de nos propres débats intérieurs, quoique toujours en deçà de la question de principe qui la constitue. 

Cette section du cours comporte 7 séances (6 à 12) et a été dispensée entre janvier et mai 2008. Certains aspects du problème traité ici ont été abordés sous un autre angle dans un article sur l’idée de devoir paru dans le n°30 du Philosophoire, à l’automne 2008. Ce texte peut utilement compléter la réflexion.

Séance du 15 janvier 2009 / Le prélude de la république

 Nous avions conclu notre introduction sur l'idée suivante, que nous mettrons à l'épreuve d'une lecture suivie : Socrate se présenterait au fond ici comme une figure de la maturité, face aux tentations diverses de l'enfance et de la puérilité, et permettrait de comprendre la spécificité du platonisme comme celle d'une pensée de l'éducation, entendue comme vérité du rapport moral et du lien politique. 

Nous quitterons toutefois ces abstractions et ces généralités pour aborder enfin naïvement le petit prélude sur lequel s'ouvre l'oeuvre, et dont nous ferons l'occasion d'une réflexion sur l'impiété supposée de Socrate, la variabilité des convictions religieuses, et les vertus civiques de l'ironie.

 

Séance du 29 janvier / Céphale ou le Propriétaire(1)

Cette nouvelle séance sera consacrée à la lecture du passage du livre I de la République où Socrate discute avec Céphale, hôte du dialogue. Ce sera tout d'abord l'occasion de s'interroger sur l'idée que la sagesse vient avec l'âge, et de juger notre propre tempérance. On s'appuiera ici sur la première moitié de l'entretien, mise en ligne dans la rubrique habituelle. 

Nous amorcerons également la lecture de la seconde partie du passage, avec la subtile discussion sur les vertus morales de la richesse. En suivant Platon, nous aborderons ainsi une réflexion plus large sur la question de la justice économique. Que voulons-nous dire lorsque nous disons que la justice consiste à payer ses dettes? 

Nous amorcerons ainsi une petite digression autour de Simone Weil et Proudhon.

  

Séance du 12 février / Céphale ou le propriétaire (2)

Cette nouvelle séance achèvera la lecture de la première partie du livre I de la République, consacrée à l'entretien entre Socrate et Céphale. 

Nous avons montré, lors du précédent cours, en quoi la philosophie entretient nécessairement un rapport polémique avec la tradition. Mais ce fut également l'occasion de réfléchir sur les deux objets sur lesquels se porte spontanément la justice traditionnelle : la tempérance dans les désirs, et la régularité des transactions commerciales. 

De même que nous avions pu voir alors, ce que vaut une tempérance de tradition, qui fait de la sagesse une contrainte et une forme d'épuisement de la vie en soi, nous nous attacherons ici à sonder l'économie spontanée, dans la manière qu'à Céphale de comprendre l'idée de dette. En quoi être juste, est-ce rendre à chacun ce qu'on lui doit? 

 

Séance du 5 mars / Polémarque ou le citoyen (1)

Nous aborderons aujourd'hui un nouvel interlocuteur de Socrate : Polémarque, fils de Céphale, et héritier de la parole de la tradition, que le retrait du vieillard a laissée pendante. 

Or Polémarque se distingue de son père en ce qu'il croit pouvoir fournir à la pratique aveugle de Céphale des lumières et des justifications dont ne se soucie guère le vieil homme. Il s'agit toutefois moins, on le verra, de véritables raisons que de références et de sentences obscures énoncées par l'un des "pères" de la patrie athénienne, le poète Simonide. 

À sa manière, Polémarque tient donc son éducation nationale et traditionnelle pour une formation intellectuelle. Il apparaîtra que sa culture ne l'a pas même mis en état de comprendre ce que c'est que la justice. 

L'enjeu des deux séances que nous consacrerons à Polémarque sera donc de comprendre cette manière qu'à la tradition de se donner l'apparence d'une pensée, tout en nous écartant radicalement de tout jugement réel, et ainsi de deviner ce qui menace une culture qui se borne à l'érudition ou à la politesse. 

Nous commencerons par souligner l'obscurité de la formule de Simonide, afin de montrer ce qu'elle révèle de ses impensés propres. Ce qui se dit en effet à travers ce morceau de poèsie athénienne, c'est une conception militariste de la justice. 

Le cours s'appuiera sur ce premier extrait de l'entretien.

 

Séance du 26 mars 2009/ Polémarque ou le citoyen (2)


Nous poursuivrons notre lecture du livre I de la République en considérant la suite de l'entretien entre Polémarque et Socrate. La présente séance sera toutefois l'occasion d'une réflexion sur l'amitié. 

En effet, après avoir tenté de comprendre la définition que Simonide donne de la justice ("rendre à chacun ce qui lui est dû") et d'en avoir montré l'obscurité, les précisions de Polémarque ("la justice consiste à faire du bien à ses amis et à nuire à ses ennemiis") impose d'examiner s'il peut exister une réelle amitié sans connaissance du bien. 

Il nous faudra comprendre en quoi, justement, l'amitié n'est donc pas l'objet de la justice, mais ce qui en procède, et qu'elle impose alors de rompre avec les passions politiques qui nous dressent artificiellement les uns contre les autres.

En Polémarque se résume donc l'idée que se fait l'opinion de la citoyenneté, double attachement aveugle aux traditions et à ses voisins, dont toute conception effective du bien et du juste est absente.

  

Séance du 10 avril 2009 / Thrasymaque ou l'arriviste(1)

Cette nouvelle séance amorcera la lecture de la dernière partie du livre I de la République de Platon, celle consacrée à l'entretien entre Thrasymaque, jeune ambitieux se rêvant cynique, et Socrate. 

Nous devrons donc commencer par faire connaissance avec ce nouveau personnage, et lirons ainsi le portait en miroir que dresse de l'autre chacun des discutants. 

Nous en viendrons alors à la thèse de Thrasymaque : la justice n'est que l'avantage des gouvernants ; le peuple ne serait qu'un troupeau pour les bergers qui les tondent. La philosophie ne vaudrait ainsi pas grand chose, et ne serait même que naïveté, en Socrate. Mais que vaut cette leçon, et que peut-elle nous apprendre?

 

 

Séance du 7 mai 2009 / Thrasymaque ou l'arriviste(2)

Cette avant dernière séance de l'année sera consacrée de nouveau à l'entretien final du livre I entre Socrate et Thrasymaque. Nous y travaillerons principalement la question du métier de gouvernant, à partir de la métaphore pastorale, afin de comprendre la théorie des métiers et des salaires qui en découle.

L'arrivisme naïf de Thrasymaque repose en effet sur l'idée que l'on peut réellement travailler pour soi, et en somme que l'injustice est simplement le chemin le plus court vers le bonheur. Derrière ce cynisme au fond commun, se cache toutefois la certitude d'un lien nécessaire entre nos travaux et nos plaisirs. 

troisième partie / L'ordre philosophique : la question du paradoxe

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Nous avions pu d'abord lire dans les deux premiers livres une réflexion sur la justice en ce que, courant sur toutes les lèvres, et justifiant jusqu'aux paresses des uns et aux calculs des autres, son idée n'était pas seulement comprise par la plupart. Penser le juste en tant que tel supposait donc une émancipation des opinions intéressées qui nous le peignent d'une manière propice à nos intérêts. Concevoir une cité juste, et faire, en quelque sorte, le vaste détour par la législation et la réflexion politique, pouvait permettre de voir enfin clair.

C'est le parcours que nous avons suivi du milieu du Livre II à la fin du livre IV. Ce dernier culmine en effet dans la définition de la justice comme harmonie et équilibre, en la cité comme en l'âme, des grandes parties de chacune. L'injustice apparaît alors comme un trouble et un désordre qui exprime un mal intime. Comment croire alors l'injuste heureux, si son injustice est justement une maladie et une diminution de son être?

A ce point Socrate voudrait conclure par un tableau des vices de l'homme : anticipation des livres VIII à X, mais voici que les auditeurs, et Polémarque d'abord, l'arrêtent. Un pan de la cité parfaite reste dans l'ombre, un aspect du juste fait défaut : qu'en est-il en effet des femmes? et de la famille? et des chefs? Trois problèmes fondamentaux qui vont retarder toute conclusion et occuper les livres centraux (V à VII) que nous aborderons donc désormais.

A bien des égards, ces trois livres (V, VI, VII) constituent en effet un sommet de l'oeuvre platonicienne, par la qualité de leur composition et leur extraordinaire profondeur.

Un triple examen de la condition du philosophe : le paradoxe, l’image, l’éducation (Livre V-VII)

Ces livres centraux se structurent autour d’une double démarche, liées par une série d’images, qui permettent d’approcher la philosophie selon Platon : d’une part philosopher consiste à oser penser contre l’opinion, c’est-à-dire ne pas craindre le paradoxe ; d’autre part, philosopher implique une discipline intellectuelle qui vise en toute chose à comprendre le Bien, idée au principe de toutes les idées que seule la dialectique nous permet d’atteindre.

Si la philosophie commence donc dans le courage de s’affranchir du sens commun, et par suite de risquer de passer pour fou, elle ne saurait s’installer dans la provocation sans manquer son but. Il faut la patience d’une éducation méthodique, la patience d’un parcours et d’une formation de soi, pour passer du paradoxe à l’intelligence. C’est ce parcours que les trois images médianes (la ligne, le soleil et finalement la célèbre caverne) donnent à penser.

En ce sens l’éducation philosophique est aussi une odyssée, laquelle ne conduit pas en n’importe quel sens de l’obscurité à la lumière. Nous commencerons par le premier monstre rencontré sur la route, le “paradoxe” qui, dans le livre V a trois têtes…


Séance du 21 octobre 2010 : Qu’est-ce qu’un paradoxe?

La présente séance commencera par introduire au travail de l'année (la découverte des livre V à VII de la République de Platon) en rappelant quelques unes des idées développées lors des deux années précédentes du cours ; nous attacherons surtout du temps à la conclusion du livre IV et sur la thèse platonicienne de la justice comme équilibre et harmonie. Nous n'avions guère parlé en effet des pages sur la justice et l'injustice dans l'âme, qui faisaient le pendant des passages commentés en cours sur la cité juste.

Ces rappels faits, nous aborderons le début du livre V et la fine scène de discussion introductive où réapparaissent les autres personnages du dialogues (Polémarque et Thrasymaque) ; d'une question anodine sur les conceptions de Socrate concernant la famille va naître en effet les longs développements des livres centraux de l'oeuvre. Il va falloir comprendre le sens des réticences socratiques. Nous verrons qu'elles nous conduirons à méditer la question du paradoxe.

Qu'est-ce qu'un paradoxe? Pourquoi la pensée est-elle paradoxale? Comment ne pas tomber dans les vertiges des joutes paradoxales? La philosophie est-elle une affaire d'originaux? Voici quelques unes des questions que nous évoquerons pour reprendre le fil de cette lecture et de ces réflexions.

Nous conseillons donc la lecture du début du livre V (449a-451c) et pourquoi pas, la relecture du prélude du livre I.

Séance du 9 novembre 2010 : les hommes et les femmes

Nous abordons dans cette séance la première des thèses scandaleuses que Socrate avaient gardées pour lui jusque là, et que la curiosité de son public le contraint désormais à exposer. Nous allons donc, avec Platon, réfléchir à la question de l'égalité entre l'homme et la femme, telle qu'elle est traitée dans le livre V de la République(451a-457b)

Après avoir essayé de comprendre à quel niveau se situe le "scandale", nous reviendrons brièvement sur l'idée de paradoxe développée dans la séance précédente afin d'éclairer la question du rire et du ridicule qui revient plusieurs fois dans le passage.

Nous entrerons alors dans le vif du sujet en dégageant l'idée platonicienne : la répartition des tâches, dans une cité bien ordonnée, procède de la compétence seule : la différence des sexes n'a pas plus de sens, lorsqu'on cherche de bons gardiens et de bons chefs, que la différence entre les chauves et les chevelus.

Cette relégation revient à dissocier l'ordre politique de tout fondement "moral", et c'est là que réside la difficulté essentielle. Car Socrate impose à quiconque désire réellement penser l'utilité publique le dépassement de ses propres habitudes morales si elles contreviennent à l'ordre de la Raison.

Faut-il pour autant admettre absolument l'inanité de la partition sexuelle?


Séance du 9 décembre 2010 : un eugénisme platonicien ?

Nous abordons ici la "deuxième vague", le deuxième paradoxe, qui ouvre le livre V de la République. Après avoir défendu l'égalité des sexes dans la communautés des gardiens, Socrate s'attaque en effet à une idée encore plus délicate : la famille. La séance s'attachera à éclairer les arguments platoniciens, mais aussi à interroger plus largement l'idée de famille. Nous devrons donc évaluer ce qu'on a pu appeler l'eugénisme platonicien à l'aune du problème général posé par l'hérédité et l'institution familiale.


On se souvient d'abord que l'idée platonicienne d'égalité entre les sexes résultait moins d'une reconnaissance de l'égalité et de la dignité des individus (conception moderne au fond) mais dans l'indifférence de l'Etat à tout ce qui, dans les sujets, ne relève pas de leur utilité et de leur fonction sociale. Ce mépris de la République pour la singularité individuelle, Socrate le porte désormais un cran plus loin en ne regardant la famille que comme le lieu où s'élabore des citoyens. La communauté des femmes et des enfants sera donc proposé comme une "rationalisation" d'une production des plus importantes : la production d'êtres humains pour la République. Cette dernière apparaît à Socrate comme bien trop importante, trop décisive à la pérennité de l'Etat, pour la laisser à l'arbitraire des individus ou aux hasards des passions. L'exemple des croisements animaux laisse en outre penser qu'une attention scrupuleuse aux naissances pourrait permettre une amélioration sensible de la vertu des citoyens...

Faut-il prendre tout cela au sérieux? Faut-il se récrier de pareilles idées? Nous nous le demanderons en nous autorisant un détour final par Auguste Comte et l'eugénisme "moral" du Système de politique positive.


Séance du 2 février 2011 : le philosophe roi

Après l'égalité des sexes et la communauté des femmes et des enfants, nous voilà arrivés à la troisième vague du livre V, la fameuse affirmation de la nécessité du gouvernement des philosophes : “à moins que les philosophes ne deviennent rois dans l'Etat, ou que ceux que l'on appelle à présent rois et souverains ne deviennent de vrais et sérieux philosophes (...) il n' y aura pas de relâche aux maux qui désolent les Etats." (473d)

Il n'est pas aisé de comprendre toute la force et la profondeur de cette célèbre thèse, aussi est-il tentant de l'écarter de bien des manières. C'est qu'elle n'a pas au premier abord l'évidente incongruité de "l'eugénisme platonicien"; cette thèse va plutôt cheminer tout au long des livres centraux (VI et VII), à la manière d'un fleuve souterrain... et non d'un tsunami. Dès lors, et parce qu'elle pose au fond essentiellement un problème de lecture, il nous faudra avant tout être scrupuleux et s'autoriser quelques anticipations pour en prendre une juste mesure.

La présente séance consistera en une introduction générale au problème posé par la thèse du philosophe roi et aboutira dans la lecture de quelques pages du début du livre VI à partir desquelles pourront s'éclairer la fin du livre V. La prochaine séance dégagera alors la problématique du gouvernement des philosophes dans toute sa généralité.


Séance du 3 mars 2011 : le philosophe roi, suite et excursus autour de Léo Strauss

Que comprendre de la troisième vague du livre V, la célèbre affirmation de la nécessité de faire roi les philosophes, ou philosophes les rois, pour garantir la justice? Il y a bien là une boutade, faite pour irriter les ambitieux : le philosophe, dans ses nuées, n'est-il pas l'exact opposé de l'homme de ressources et d'expédients qu'ils se targuent d'être pour mériter les suffrages du peuple?

Mais il y a aussi un problème plus profond. Car par l'impossibilité même de l'hypothèse, Platon suggère la contradiction nécessaire de la philosophie et de la vie politique : ainsi nos cités seraient-elles condamnées à voguer sur les flots du mensonge et de l'erreur ; Bien plus, tous seraient intéressés à établir la vie politique sur l'illusion ; nous l'avions vu lors de la séance précédente.

Reste à comprendre encore la fatalité propre agissant contre la philosophie et lui interdisant de s'élever à sa dignité royale, quant elle ne se fourvoie pas dans des caricatures obscènes. Car les meilleures natures semblent destinées à se corrompre dans les sociétés imparfaites qui sont les nôtres : nous suivrons ainsi cette généalogie de la corruption (491a et suivantes)... La preuve par Alcibiade!

Ces réflexions pourraient alors nous conduire à lire quelque page de Léo Strauss (1899-1973), philosophe platonicien qui n'eût de cesse de méditer la difficulté de faire coexister l'exigence civile, qui va toujours à la bienséance et à l'opinion forcée, avec la vie philosophique, faite d'examen et de doute. La figure limite du philosophe roi nous semble alors une manière de lever un certain nombre d'illusions autour de l'idée de liberté d'expression, afin d'en, redécouvrir le prix.

Séance du 17 mars : fin du philosophe-roi, qu’est ce qu’un “vrai” philosophe?

Les deux séances précédentes nous ont permis de mieux cerner cette figure à la fois étrange et centrale qu'est le philosophe-roi dans l'oeuvre de Platon. Nous avons vu qu'elle était tout à la fois l'expression d'une critique de la politique des politiques, de celle des ambitieux, puisqu'elle en implique la négation, et la manifestation d'un scepticisme plus large à l'égard de la possibilité d'accorder la philosophie et la politique : l'une et l'autre semblent en effet constituer des pôles opposés, se repoussant nécessairement.

Peut-être une des manières de formuler tout cela serait de dire qu'il n'y a pas de philosophie politique, ou plutôt que la seule politique des philosophes consiste à se garder des menaces et des tentations du pouvoir en préservant l'espace du dialogue de ces passions. C'était sans doute, comme nous l'avons vu précédemment, la thèse de Leo Strauss, et de "l'art d'écrire" dont il a souhaité réveiller le souvenir.

Mais peut-être le vrai problème consiste-t-il à sa voir de quoi nous parlons quand nous parlons de philosophie. Car nous avons été averti : les philosophes ne doivent pas être jugés par ceux qui, parmi nous, s'affublent de ce nom : pour l'essentiel, ce ne sont que des caricatures grimaçantes, les résultats dégénérés d'une éducation non conforme à la nature philosophique. C'est donc que la philosophie ne nous est pas réellement connu, ses possibilités restent à penser, et ce sera justement l'objet de la suite du livre VI et du livre VII.

Dès lors, avant d'aborder l'éducation philosophique, nous proposons deux préludes, deux retours sur des questions évoquées en passant : nous traiterons d'abord des rapports entre philosophie et peuple, dans la lignée du commentaire de Léo Strauss ; puis nous reviendrons sur la distinction décisive, et un peu manquée dans mon commentaire, entre dispute et dialogue, éristique et dialectique.

Je m'excuse d'avance pour la qualité du fichier audio... J'étais assez mal en point en faisant le cours, et mes propos sont ainsi souvent interrompus par des quintes de toux!





Cinquième partie / L'ordre philosophique ou la question de l'éducation

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Les livres centraux de la République forme un traité complet de philosophie : ils en marquent la nature provocatrice et paradoxale, en soulignent la fin ultime (l’intelligence du Bien) et en explicitent la condition générale, qui est d’organiser une sortie problématique hors du monde social de l’opinion. Nous abordons ici le dernier tiers de ce “traité” en voyant comment la passion philosophique demande à être éduquée et disciplinée par un parcours encyclopédique des différentes sciences de l’homme.

La lecture du livre VII constitue en ce sens un passage dense et parfois un peu abstrait puisque Socrate va y détailler à la fois un plan éducatif, une institution scolaire si l'on veut, et une revue critique des sciences accessibles à l'homme : une philosophie des sciences culminant dans la caractérisation de la science suprême, propre au philosophe, la dialectique. Il nous faudra ainsi comprendre pourquoi, en matière d'éducation, on ne saurait séparer la question de la transmission, de la pédagogie, et celle de la nature même du savoir.

Mais nous ne devrons pas pour autant oublier le sens et la portée du livre VII dans la perspective globale de l'oeuvre. Le projet éducatif platonicien ne cesse jamais en effet d'être lié à une conception de la morale et de la politique qui gouverne l'ensemble des développements. En réfléchissant sur la science et sa perfection propre, il s'agit toujours de poser la dépendance de la justice à l'égard de la capacité à penser le vrai. Aussi les questions éducatives ne sont-elles pas simplement un domaine parmi d'autres de la réflexion morale et politique, mais en constitue le coeur.


Cette partie du cours couvre la seconde moitié de l’enseignement dispensé durant la quatrième année de l’Université Conventionnelle (2011-2012). Elle prend donc la suite immédiate du commentaire de l’allégorie de la caverne sur laquelle se conclut, dans la réédition proposée ici, la quatrième partie de cette longue lecture suivie.


Séance du 2 février 2012 : Le premier barreau de l’échelle des sciences, l’arithmétique

Notre commentaire de la caverne achevé, nous allons aborder l'échelle des sciences qui constitue l'éducation du philosophe-roi. Comment former un esprit à penser par lui-même?

Platon ne laisse pas planner de doute : il faut commencer par les mathématiques ; c'est en effet par l'étude des nombres qu'on peut réellement éveiller l'esprit à lui-même. C'est du moins ce que nous essaierons de comprendre en nous interrogeant sur l'idée d'unité, et sur tout ce qui distingue le dénombrement (art aussi général que nécessaire!) du véritable calcul, qui est l'intelligence des relations numériques et des propriétés des nombres.


Séance du 16 février 2012 : “Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre”

Nous poursuivrons la lecture du livre VII en avançant dans le plan d'éducation proposé par Platon pour éduquer les philosophes. En effet, s'il faut faire succéder à l'allégorie de la caverne, qui résume et éclaire notre condition à l'égard du savoir, une revue des sciences nécessaires à l'institution d'un esprit libre, c'est qu'on ne peut se limiter à "critiquer" la doxapour en sortir.

Aucune bonne volonté ne dispense de méthode et de patience. C'est la leçon à tirer du détour par l'étude des mathématiques. L'arithmétique en effet nous a permis de comprendre de quelle sorte sont les idées. La géométrie, de même, doit familiariser l'esprit à juger d'après les lois de l'esprit seul, et non en suivant les indications confuses de la sensibilité.

Notre réflexion sur la géométrie s'appuiera alors particulièrement sur les pages du livre VII courant de 526c à 528a ainsi que sur une page célèbre de Plutarque.

Nous essaierons alors de tirer de cette réflexion sur la géométrie une méditation plus profonde sur l'articulation entre science, politique et technique, notamment en s'appuyant sur la pensée de Simone Weil.Il se peut en effet que l'oubli de la dimension propédeutique de la science, sa vocation à se faire culture, ne soit pas pour rien dans la confusion de notre temps.


Séance du 15 mars 2012 : L’astronomie et la leçon des étoiles

Notre réflexion précédente sur la géométrie a été l'occasion de comprendre un peu mieux ce que signifie comprendre et savoir pour Platon. Si la science est intelligence pure des rapports idéaux, non seulement la géométrie doit être distinguée de ses applications pratiques, comme le bornage des champs ou le perfectionnement des catapultes, mais il nous faut proscrire toute méthode relevant, en science, de la résolution technique des difficultés proprement théoriques. Autrement dit, ce qui est en jeu dans la réflexion sur la géométrie, c'est l'intégrité du domaine intelligible lui-même. Nous avons pu nous en assurer en prolongeant ce commentaire par une réflexion sur les confusions actuelles qui grèvent le discours scientifiques.

Nous poursuivrons aujourd'hui le travail sur l'échelle des sciences en lisant le passage du livre VII consacré à l'astronomie (528e-530c). S'il nous faut en effet en passer par l'étude des astres, c'est parce que cette étude permet d'élever l'esprit à une géométrie supérieure, qui celle du mouvement. C'est donc pour sa valeur méthodologique qu'il faut étudier la mécanique céleste, et non, dans un sens religieux, pour s'ébahir du spectacle des cieux.

On pourra ainsi conduire notre lecture jusqu'à une réflexion plus large sur le ciel, et la fascination que l'homme ne peut manquer d'avoir pour lui. On s'appuiera alors peut-être sur ce passage du Cours de philosophie positive de Comte.

Pour les esprits étrangers à l'étude des corps célestes, quoique souvent très éclairés d'ailleurs sur d'autres parties de la philosophie naturelle, l'astronomie a encore la réputation d'être une science éminemment religieuse, comme si le fameux verset : Caeli enarrant gloriam Dei avait conservé toute sa valeur (...) aujourd'hui, pour les esprits familiarisés de bonne heure avec la vraie philosophie astronomique, les cieux ne racontent plus d'autre gloire que celle d'Hipparque, de Newton, Newton, et de tous ceux qui ont concouru à en établir les lois.]i

Auguste Comte, Cours de philosophie positive, 19ème leçon, volume II, 1835.



Séance du 29 mars 2012 : La dialectique et le mouvement de la pensée

Après avoir parcouru quelques unes des sciences préliminaires caractérisées au livre VII, nous allons aborder, avec la dialectique, la science qui doit couronner l'éducation des philosophes, et mener ces derniers sur le chemin de l'intelligence du Bien. Nous verrons pourtant que Socrate s'échappe encore : ses approches de la dialectique nous laissent sur notre faim.

Il faudra en effet mesurer en quoi celle-ci consiste moins en un domaine spécifique, une science "surnaturelle", que dans une certaine manière de repenser son rapport au monde. C'est poursuivre et peut-être achever la réflexion sur la nature de la philosophie inaugurée au livre VI.

La philosophie n'est pas, comme la science, un discours assignable à une méthode unique et close sur elle-même. A la différence des sciences hypothétiques, elle se donne son objet à mesure qu'elle le pense, en sorte que penser n'est autre chose que déployer la liberté de la pensée elle-même.


Séance du 12 avril 2012 : Parenthèse sur la notion de “bien”

La discussion ayant suivie la dernière séance nous conduit du commentaire de la fin du livre VII de la Républiqueà une réflexion plus large sur la question du bien. Dire en effet de la dialectique qu'elle se définit ar son objet (le bien), et s'en tenir à remarquer que ce dernier est sans doute constamment présupposé par nos discussions et nos jugements, tout cela est bien intéressant mais ne nous éclaire guère au final....

Que faut-il entendre par "bien", et pourquoi en parler au fond, si chacun voit midi à sa porte ? Telle sera la question que nous tenterons d'éclaircir durant cette petite digression. Celle-ci s'appuiera de plus ou moins près sur l’ouvrage de Léo Strauss, Droit naturel et histoire (1953).

Attention ! L'enregistrement a été amputé des cinq premières minutes.


Séance du 30 mai 2012 : L’unité de la science et de la liberté, objet de la philosophie

Nous conclurons cette année par la lecture de la fin du livre VII de la République. Ce sera l'occasion de reprendre la question qui a dominée notre travail de lecture depuis plusieurs séances : peut-on connaître le bien, et si oui comment cette science pourrait-elle être enseignée?

Car la caverne platonicienne est bien une métaphore de notre ignorance, et des moyens de la surmonter, mais elle constitue également une parabole politique qui nous permet de mesurer que la science la plus parfaite n'existe que si la possibilité de son enseignement est ménagée politiquement. Réciproquement, une société n'a ainsi que les lumières qu'elle mérite et autorise.

La philosophie, avec Platon, consiste dès lors à méditer de l'unité de la liberté et de la science, ou plutôt de leur commun destin, face aux tempêtes des passions que la politique agite.


Attention ! La première demi-heure de l'enregistrement est bruyante : une réunion se terminait dans la salle d'à côté... Cela s'arrange par la suite! Désolé de ce désagrément...

1. Introduction du cours / Philosopher en Terminale

Partons de l'épreuve. Il y a une double exigence de l’épreuve du baccalauréat : témoigner d’une pensée et de connaissances proprement philosophiques. Réflexion et information, unies dans un propos écrit, s’assumant comme un texte philosophique, en lui-même.

II s’agit donc de comprendre la spécificité de la philosophie à partir de cette fin ; attendu toutefois qu’aucune introduction ne peut se substituer au développement direct de cette réflexion. Ce qui est dit ici ne sera compris qu’en juin, au terme d’un parcours complet. La confiance prime donc toute étude et n’existe que par elle.

4. Comprendre

Quatrième partie d’un cours de philosophie de TS, les notes suivantes commencent par dégager l’intelligence de ses formes techniques ou assimilées : comprendre, en effet, n’est pas agir, mais éclairer. Nous développons ensuite, avec Descartes et Spinoza, les enjeux de la construction méthodique de la science, avant de considérer ses différentes formes de partage : la tradition (Alain) et le dialogue (Platon).