Science

Lire Kant


« Je suis moi même par goût un chercheur. Je sens la soif de connaître tout entière, le désir inquiet d’étendre mon savoir ou encore la satisfaction de tout progrès accompli. Il fut un temps où je croyais que cela seul pouvait constituer l’honneur de l’humanité et je méprisais le peuple qui est ignorant de tout. C’est Rousseau qui m’a désabusé. Cette illusoire supériorité s’évanouit : j’apprends à honorer les hommes ; et je me trouverais bien plus inutile que le commun des travailleurs, si je ne croyais que ce sujet d’étude peut donner à tous les autres une valeur qui consiste en ceci : faire ressortir les droits de l’humanité » Kant, vers 1764, trad. V. Delbos

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Entre l'automne 2011 et le printemps 2013, Jean-Michel Muglioni a  dispensé deux cours introduisant à la lecture de Kant  dans le cadre des activités de l'Université conventionnelle. Pendant trois années le philosophe de Köenigsberg a ainsi fait l'objet d'une lecture exigeante et studieuse au sein de cette université populaire. 

 

N’ayez pas peur de Kant !

Le seul nom de Kant a fait peur à quelques uns le jour de la présentation de notre association. Très justement une auditrice m’a fait remarquer qu’elle ne voulait pas d’un numéro de jongleur de concepts, mais de la philosophie ayant rapport à la vie : et il est vrai que les travaux spécialisés peuvent donner l’impression de n’être que des exercices de haute voltige sans grand intérêt.

Il convient donc de lever deux malentendus.

D’une part il y a une difficulté réelle de l’œuvre de Kant : elle exige pour être comprise un certain travail, et c’est précisément pour permettre aux « grands débutants » d’y accéder que ce cours leur est proposé. Il faut ici ne pas confondre ce qui est difficile et ce qui est rébarbatif : pour qui ne la comprend pas, une analyse difficile est fort ennuyeuse ! L’ambition de mon cours est de faire en sorte que chacun puisse commencer à comprendre Kant et donc y trouver un intérêt. Et certes nous ne comprendrons pas tout tout de suite !

D’autre part il est vrai que les philosophes de profession ne sont pas toujours philosophes dans le sens où Socrate ou Epicure étaient philosophes. Il paraîtrait même inconvenant aujourd’hui qu’un homme fasse valoir la manière dont il conduit sa vie pour revendiquer le titre de philosophe, alors que les anciens jugeaient le philosophe à sa vie. Au contraire les médias nous présentent des philosophes qui sont des discoureurs capables de parler de n’importe quoi et qui ressemblent plus à ce qu’on appelait dans l’antiquité des sophistes qu’à Epictète. Ce sont au mieux de simples professeurs de philosophie, comme l’auteur de ces lignes, qui ne se prévaut nullement auprès de ses auditeurs d’une plus grande sagesse que les autres hommes.

 

Ces cours qui se veulent une introduction à la lecture de Kant s’adresse à tout homme qui veut se comprendre lui-même, car c’est en dernière analyse cela que recherchait Kant : répondre à la question « qu’est-ce que l’homme ? ». 

 

 

Lire Descartes

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« ET SI J’ÉCRIS EN FRANÇAIS, QUI EST LA LANGUE DE MON PAYS, PLUTÔT QU’EN LATIN, QUI EST CELLE DE MES PRÉCEPTEURS, C’EST À CAUSE QUE J’ESPÈRE QUE CEUX QUI NE SE SERVENT QUE DE LEUR RAISON NATURELLE TOUTE PURE JUGERONT MIEUX DE MES OPINIONS QUE CEUX QUI NE CROIENT QU’AUX LIVRES ANCIENS. ET POUR CEUX QUI JOIGNENT LE BON SENS AVEC L’ÉTUDE, LESQUELS SEULS JE SOUHAITE POUR MES JUGES, ILS NE SERONT POINT JE M’ASSURE SI PARTIAUX POUR LE LATIN, QU’ILS REFUSENT D’ENTENDRE MES RAISONS POURCE QUE JE LES EXPLIQUE EN LANGUE VULGAIRE. »

DESCARTES, DISCOURS DE LA MÉTHODE, SIXIÈME PARTIE.

 

Publié en 1637 – soit quatre ans avant les Méditations métaphysiques qui seront elles écrites en latin –, Le Discours de la méthode s’adresse moins aux savants qu’aux hommes de bon sens. Cette oeuvre est comme la biographie intellectuelle de Descartes : le philosophe y relate l’histoire de son esprit, ou « comment Descartes est devenu cartésien ». Aussi le Discours commencera-t-il par raconter les déceptions et les doutes du jeune Descartes, qui fut l’élève peu ordinaire du Collège de la Flèche avant de parcourir le grand livre du monde. Mais, si l’histoire de Descartes mérite d’être lue, c’est parce qu’elle est d’abord celle d’un esprit et qu’elle s’adresse ainsi à tous les esprits. Il ne faut donc pas s’y tromper : le « je » autobiographique n’a d’intérêt que parce qu’il engendre un « je » philosophe. 

La vérité est universelle et intemporelle, mais la découverte de la vérité est toujours personnelle et particulière : rien n’est moins désincarné que la pensée et rien n’est moins abstrait que le chemin qu’elle doit accomplir pour se délivrer de l’erreur et du préjugé. La recherche de la vérité demeure une tâche que personne ne peut accomplir à notre place, ce qui ne signifie pas que nous n’avons pas besoin d’y être invités par des esprits comme celui de Descartes. 

 

NOTE SUR LE COURS PUBLIÉ

Cet atelier de lecture, animé par Aurélie Ledoux durant l'année scolaire 2012-2013 de l'Université Conventionnellecomporte 9 séances. On trouvera sur la page du cours l'ensemble des notices et des textes étudiés. Les podcasts des séances sont également disponibles sur notre compte Soundcloud sous forme de liste de lecture.