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Lire Alain

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Alain ne se réduit pas aux Propos sur le bonheur qui sont sans doute son ouvrage le plus lu. Sa philosophie de la volonté est inséparable de sa philosophie de la perception. Et c’est à partir de se philosophie de la perception qu’il reprend lui-même la tradition philosophique. Car l’œuvre d’Alain est une reprise avouée de cette tradition ou du moins de quelques grandes œuvres qui en sont à ses yeux les sommets.

Alain ne prétend pas être le premier philosophe, il ne cherche pas à se montrer plus profond que ses prédécesseurs, mais sachant que d’autres avant lui ont compris, il continue dans ses écrits son travail de professeur de philosophie qui consiste à donner accès à cette tradition afin qu’on la poursuivre.

Ce cours a été dispensé par Jean-Michel Muglioni entre novembre 2015 et juin 2016, durant la dernière année de l’Université Conventionnelle. Il comporte 12 séances dont les notices et les enregistrements (excepté celui de la dixième séance) sont rassemblés par ailleurs en une liste de lecture sur notre compte Soundcloud.

Philosophie et fantastique

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Le fantastique semble constituer un genre mineur et à part dans la littérature. D'abord par le format : il y a peu d'œuvre fantastique volumineuse et formant en même temps une unité. Il a peu, à la lettre, de grands romans fantastique – même si l'on pense à Bram Stoker ou à Stephen King. Les sagas et les récits légendaires, qu'ils soient mythologiques ou contemporains, appartiennent plutôt au registre du merveilleux. Le fantastique paraît plus adapté à la nouvelle ou au conte, comme s'il était par essence voué à la simple évocation dans la brièveté. 

Ensuite, le fantastique paraît très difficile à délimiter en tant que genre. On peut considérer qu'un récit devient fantastique quand il introduit, dans un contexte quotidien et coutumier, un événementinexpliqué. Mais il bascule dans le merveilleux lorsque l'inexplicable devient la norme, et que l'on se retrouve dans un monde différent, où la magie règne comme si elle était la règle. Et si jamais l'événement inexpliqué reçoit une explication, comme dans une enquête policière, le récit cesse d'être fantastique pour redevenir réaliste : le monde tel que nous le connaissons est sauvé, avec ses règles et ses lois habituelles. Pour que le fantastique demeure fantastique, il faut donc que l'inexpliqué demeure inexplicable, et ne cesse d'insister en tant que question. 


On pressent alors qu'il existe un rapport profond entre le fantastique et la philosophie, entre le fantastique et la pensée en général. Car si l'activité philosophique consiste essentiellement en une interrogation, le genre fantastique a pour vocation de provoquer cette interrogation dans la pensée même, et de mettre celle-ci en éveil. Le fantastique place la pensée à la fois face sa propre limite et face à ce qui provoque son exercice – l'événement inexpliqué. Et dans le même temps, il dresse devant la pensée un obstacle qui met en question son intégrité. Car s'il existe de l'inexplicable comme tel, la pensée est menacée non seulement de l'extérieur par une question sans réponse, mais de l'intérieur par sa propre dissolution dans la folie. Combien de narrateurs, dans les récits de Poe ou de Lovecraft, commencent un récit en se rassurant sur le témoignage de leurs sens et sur les conclusions de leur raison, avant d'en douter et de craindre de basculer dans la démence ? Nous pensons qu'il y a là davantage qu'un procédé dramatique destiné à susciter l'attention du lecteur. Le fantastique semble interroger ce qui constitue et définit la raison humaine. 


Les trois séances de ce cours ont été dispensées au printemps 2015, dans le cadre de l4université Conventionnelle ; elles sont disponibles à l’écoute sur une liste de lecture en ligne. Attention, seules deux ont été enregistrées effectivement.

Hegel et les beaux arts

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L’intitulé de cours est déjà une sorte d’avertissement : je ne parlerai pas de n’importe quelle forme d’art. Ou du moins, ce sera pour distinguer ces formes des beaux-arts proprement dits, et non pour en faire l’objet de ma réflexion. 

Mon dessein est double : réfléchir sur les beaux-arts à propos desquels Hegel disait : « l’art, c’est du passé », et proposer une sorte d’introduction à la lecture de Hegel. 


Il est possible d’entrer dans le système hégélien par cette porte, comme on fait depuis longtemps dans les bonnes classes de philosophie. Mais comme toujours, s’il sera question de Hegel, c’est parce que Hegel nous apprend quelque chose de vrai sur les beaux-arts. Ce n’est pas pour donner un résumé d’une philosophie qui donnerait l’impression qu’on pourrait la connaître sans l’avoir vraiment pratiquée, ce n’est pas pour connaître les pensées d’un grand mort.

Son Cours d’esthétique (c’est un cours rédigé après la mort de Hegel à partir de notes d’étudiants et non un ouvrage qu’il aurait lui-même écrit) est tout à fait extraordinaire et permet de comprendre la nature de l’architecture, de la sculpture, de la peinture, de la musique et de la poésie. 


Le cours comporte 17 séances dispensées entre octobre 2013 et mai 2015 à l’Université Conventionnelle. On trouvera sur Septembre les notices de chaque séance ainsi que les enregistrements de la première heure de cours, lorsqu’ils existent. Ces podcasts sont également réunis sous la forme de liste de lecture sur notre compte soundcloud.

La pensée du corps

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L’objectif de ce cours est de poser et d'approfondir un problème philosophique : celui des rapports entre l' « âme » et le « corps ». Nous utilisons des guillemets, car ces deux termes ont des significations relativement flottantes, sédimentées aussi bien dans la langue commune que dans le vocabulaire religieux – sans parler de tous les sens qu'ils prennent dans la langue philosophique.

Nous voudrions, dans un premier temps, laisser de côté ces multiples significations et tenter de poser, pour notre propre compte, un problème. En effet, le travail de la philosophie ne peut s'exercer qu'à partir du moment où la pensée se trouve confrontée à une question – c'est à dire à une inconnue qui la force à penser. Une telle question ne concerne pas les moyens d'atteindre un but, comme c'est le cas pour les questions techniques. Elle interroge plutôt la nature ou l'essence d'une chose – cette chose étant suffisamment donnée pour que l'on puisse percevoir son existence, sans que pour autant son essence soit entièrement comprise. 

Le corps constitue, en lui-même, une telle question. En effet, l'expérience du corps est foncièrement paradoxale : elle est la perception de quelque chose qui paraît tantôt faire partie de moi (dans l'activité ou la santé) au point qu'on en oublierait l'existence, tantôt se rebeller contre moi (dans la fatigue ou la maladie). Le corps se situe dans la limite entre ce que je suis et ce que je ne suis pas : il porte en lui un reste qui interroge la pensée et la conduit à questionner sa nature. 

Cette atelier de philosophie  comporte 7 séances qui se sont déroulées entre novembre 2013 et avril 2014 à l'Université Conventionnelle. On trouvera ici les notices de chaque séance ainsi que les enregistrements audio des séances, également accessible sur notre compte soundcloud sous la forme d'une liste de lecture.

Lire Kant


« Je suis moi même par goût un chercheur. Je sens la soif de connaître tout entière, le désir inquiet d’étendre mon savoir ou encore la satisfaction de tout progrès accompli. Il fut un temps où je croyais que cela seul pouvait constituer l’honneur de l’humanité et je méprisais le peuple qui est ignorant de tout. C’est Rousseau qui m’a désabusé. Cette illusoire supériorité s’évanouit : j’apprends à honorer les hommes ; et je me trouverais bien plus inutile que le commun des travailleurs, si je ne croyais que ce sujet d’étude peut donner à tous les autres une valeur qui consiste en ceci : faire ressortir les droits de l’humanité » Kant, vers 1764, trad. V. Delbos

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Entre l'automne 2011 et le printemps 2013, Jean-Michel Muglioni a  dispensé deux cours introduisant à la lecture de Kant  dans le cadre des activités de l'Université conventionnelle. Pendant trois années le philosophe de Köenigsberg a ainsi fait l'objet d'une lecture exigeante et studieuse au sein de cette université populaire. 

 

N’ayez pas peur de Kant !

Le seul nom de Kant a fait peur à quelques uns le jour de la présentation de notre association. Très justement une auditrice m’a fait remarquer qu’elle ne voulait pas d’un numéro de jongleur de concepts, mais de la philosophie ayant rapport à la vie : et il est vrai que les travaux spécialisés peuvent donner l’impression de n’être que des exercices de haute voltige sans grand intérêt.

Il convient donc de lever deux malentendus.

D’une part il y a une difficulté réelle de l’œuvre de Kant : elle exige pour être comprise un certain travail, et c’est précisément pour permettre aux « grands débutants » d’y accéder que ce cours leur est proposé. Il faut ici ne pas confondre ce qui est difficile et ce qui est rébarbatif : pour qui ne la comprend pas, une analyse difficile est fort ennuyeuse ! L’ambition de mon cours est de faire en sorte que chacun puisse commencer à comprendre Kant et donc y trouver un intérêt. Et certes nous ne comprendrons pas tout tout de suite !

D’autre part il est vrai que les philosophes de profession ne sont pas toujours philosophes dans le sens où Socrate ou Epicure étaient philosophes. Il paraîtrait même inconvenant aujourd’hui qu’un homme fasse valoir la manière dont il conduit sa vie pour revendiquer le titre de philosophe, alors que les anciens jugeaient le philosophe à sa vie. Au contraire les médias nous présentent des philosophes qui sont des discoureurs capables de parler de n’importe quoi et qui ressemblent plus à ce qu’on appelait dans l’antiquité des sophistes qu’à Epictète. Ce sont au mieux de simples professeurs de philosophie, comme l’auteur de ces lignes, qui ne se prévaut nullement auprès de ses auditeurs d’une plus grande sagesse que les autres hommes.

 

Ces cours qui se veulent une introduction à la lecture de Kant s’adresse à tout homme qui veut se comprendre lui-même, car c’est en dernière analyse cela que recherchait Kant : répondre à la question « qu’est-ce que l’homme ? ». 

 

 

Philosophie et religion

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Le but de ses séances est de chercher à définir les rapports entre philosophie et religion – ou,  plus précisément, de dégager ce que les relations entre philosophie et religion ont de problématique. Nous restreindrons notre question en nous limitant au strict de point de vue de la philosophie : il s'agira de savoir comment la philosophie investit, pense et définit cet étrange objet qu'est pour elle la religion.

 

Le problème se pose de façon aiguë, et ce dès les commencements de la philosophie : Socrate n'est-il pas accusé de corrompre la jeunesse en lui apprenant à se détourner des Dieux de la Cité ? La charge contre Socrate n'est sans doute pas anodine – elle n'est pas qu'un prétexte : elle semble bel et bien faire apparaître une rivalité profonde, inévitable, entre religion et philosophie. 

 

Nous suivrons les développement de cette rivalité à partir du procès de Socrate, puis dans le matérialisme de l'antiquité. Nous nous demanderons ensuite dans quelle mesure cette opposition recoupe une autre opposition possible, cette fois entre la science et la religion – et si cette dernière demeure légitime. Nous tenterons enfin de poser la question de l'athéisme : qu'est-ce qu'un athée, sachant qu'il se définit dans un rapport essentiel à la religion, et qu'il affirme pour sa part une sorte de Foi ? Y a-t-il un athéisme consubstantiel à la philosophie ?

Cette atelier de philosophie  comporte 12 séances qui se sont déroulées entre octobre 2011 et avril 2013 à l'Université Conventionnelle. On trouvera ici les notices de chaque séance ainsi que les enregistrements audio des séances, également accessible sur notre compte soundcloud.

Malheureusement les séances 5 et 11 n'ont pu être enregistrées, et la dixième ne l'a été qu'à moitié. Les auditeurs auront ainsi à reconstituer par eux-mêmes le chemin parcouru entre temps. Technologie ou pas, les paroles finissent toujours par s'envoler.

Lire Descartes

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« ET SI J’ÉCRIS EN FRANÇAIS, QUI EST LA LANGUE DE MON PAYS, PLUTÔT QU’EN LATIN, QUI EST CELLE DE MES PRÉCEPTEURS, C’EST À CAUSE QUE J’ESPÈRE QUE CEUX QUI NE SE SERVENT QUE DE LEUR RAISON NATURELLE TOUTE PURE JUGERONT MIEUX DE MES OPINIONS QUE CEUX QUI NE CROIENT QU’AUX LIVRES ANCIENS. ET POUR CEUX QUI JOIGNENT LE BON SENS AVEC L’ÉTUDE, LESQUELS SEULS JE SOUHAITE POUR MES JUGES, ILS NE SERONT POINT JE M’ASSURE SI PARTIAUX POUR LE LATIN, QU’ILS REFUSENT D’ENTENDRE MES RAISONS POURCE QUE JE LES EXPLIQUE EN LANGUE VULGAIRE. »

DESCARTES, DISCOURS DE LA MÉTHODE, SIXIÈME PARTIE.

 

Publié en 1637 – soit quatre ans avant les Méditations métaphysiques qui seront elles écrites en latin –, Le Discours de la méthode s’adresse moins aux savants qu’aux hommes de bon sens. Cette oeuvre est comme la biographie intellectuelle de Descartes : le philosophe y relate l’histoire de son esprit, ou « comment Descartes est devenu cartésien ». Aussi le Discours commencera-t-il par raconter les déceptions et les doutes du jeune Descartes, qui fut l’élève peu ordinaire du Collège de la Flèche avant de parcourir le grand livre du monde. Mais, si l’histoire de Descartes mérite d’être lue, c’est parce qu’elle est d’abord celle d’un esprit et qu’elle s’adresse ainsi à tous les esprits. Il ne faut donc pas s’y tromper : le « je » autobiographique n’a d’intérêt que parce qu’il engendre un « je » philosophe. 

La vérité est universelle et intemporelle, mais la découverte de la vérité est toujours personnelle et particulière : rien n’est moins désincarné que la pensée et rien n’est moins abstrait que le chemin qu’elle doit accomplir pour se délivrer de l’erreur et du préjugé. La recherche de la vérité demeure une tâche que personne ne peut accomplir à notre place, ce qui ne signifie pas que nous n’avons pas besoin d’y être invités par des esprits comme celui de Descartes. 

 

NOTE SUR LE COURS PUBLIÉ

Cet atelier de lecture, animé par Aurélie Ledoux durant l'année scolaire 2012-2013 de l'Université Conventionnellecomporte 9 séances. On trouvera sur la page du cours l'ensemble des notices et des textes étudiés. Les podcasts des séances sont également disponibles sur notre compte Soundcloud sous forme de liste de lecture.

Distinctions élémentaires en philosophie

Peut-être le tout de la philosophie ne consiste-il qu'à bien entendre ce que la langue commune exprime constamment, loin de tout raffinement scolastique. Ce cours constitue ainsi une introduction à la philosophie prenant pour guide la richesse de la langue et de ses usages.

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A quoi bon philosopher en effet, si c’est pour demeurer prisonniers de notre confusion ordinaire ? Rien n’est donc plus urgent ni plus difficile que de distinguer par exemple l’égalité dont traitent les mathématiques et celle qu’affirme la Déclaration des droits de l’homme, la culture au sens où l’on parle d’un homme cultivé ou de culture physique, et la culture au sens que la sociologie donne à ce terme : au même terme peuvent correspondre comme ici deux concepts qui n’ont en commun que le nom. Travail élémentaire sans lequel la lecture des philosophes, au lieu de nous apprendre à penser, risque d’être seulement la recherche de doctrines fumeuses. Apprendre à philosopher n’est pas apprendre les pensées d’hommes célèbres, mais apprendre à voir clair dans ses propres pensées, ce qui suppose un travail permanent de distinction – et nous découvrirons que les grandes philosophies ne cessent de faire ce travail : nous y trouverons nos propres pensées et non des doctrines étrangères. 


Nous prendrons pour point de départ une page d’Epictète. La suite dépendra des interventions des participants lors de la seconde partie de la séance : je verrai alors quelles sont les distinctions qu’ils veulent particulièrement considérer et la séance suivante permettra de les examiner ou de montrer pourquoi je ne les retiens pas. Et nous recommencerons chaque fois à préparer la séance suivante à la fin de la précédente.

 

Note

Ce cours a été dispensé par Jean-Michel Muglioni entre octobre 2009 et décembre 2010 au sein de l'Université Conventionnelle. Il comporte 16 séances accessibles et écoutables sur la page de Jean-Michel Muglioni sur Septembre.

 

Lire Balzac

"Balzac guérit de misanthropie ; c'est à cela qu'il est bon, par tous ces génies, enchaînés, en bas, en haut, partout inventeurs et poètes, et pensant selon leur forme et selon la pierre d'angle. Les bien comprendre, c'est toute l'affaire, et pardonner va de soi. J'ai remarqué que, même pour penser vrai des hommes, il faut les aimer de cette rude manière que Balzac nous apprend." Alain, Avec Balzac.

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De Balzac, que nous reste-t-il en notre vie d'adultes? Quelques souvenirs d'écoles, de vagues figures, et des lieux communs que nous ne poussons guère, par la force des choses. Bien peu sans doute, pour qui ne fait profession de lire. 

Mais pour qui voudrait se donner du champ, pour qui voudrait se donner le temps de lire en toute indifférence à la foire aux livres et aux "rentrées littéraires", que peuvent encore nous dire les noms de Rastignac, Goriot, Chabert, ou Vandenesse? Que peuvent-ils nous apprendre qui justifie l'admirable unité, l'admirable continuité de l'oeuvre ? 

Entre 2010 et 2012, l'Université conventionnelle organisa une dizaine d'ateliers autour de la Comédie humaine. Le principe était simple : se donner six semaines pour lire un roman choisi ensemble, puis se retrouver pour présenter une lecture et en discuter.

On trouvera sur Septembre les notices et les enregistrements des six séances assurées alors par Frédéric Dupin

Art et politique

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Quels effets politiques le cinéma a-t-il sur nous ?

Il ne s’agit pas de se demander ce que devient l’art lorsqu’il se mêle explicitement de politique mais bien plutôt d’envisager qu’il possède de fait une dimension morale et politique. La difficulté pour l’artiste serait donc moins de parvenir à être un «auteur engagé» que de comprendre qu’il ne peut jamais légitimement prétendre au complet désengagement, à la neutralité ou surtout à la frivolité, cette dernière n’étant que l’étiquette en apparence légère que l’on colle au parti pris le plus lourd de sens : fonder la valeur de l’art sur son innocuité et réduire sa signification à une fonction de délassement. Car si l’on comprend bien tout ce qu’une économie gagne à faire de l’art un moyen supplémentaire de renouveler les forces du travailleur, suffit-il de ne vouloir que plaire pour ne rien dire ?

Pour Rousseau, qui anticipe en cela sur nos courbes d’audience, c’est précisément parce que le théâtre devait plaire pour subsister qu’il était condamné à reconduire les valeurs et les préjugés de son temps. Plus près de nous, Hubert Damisch remarque que le cinéma est exemplaire des effets que l’art en général « est susceptible de produire, éventuellement à leur insu, voire à leur corps défendant, sur ceux-là même qui affirment n’y chercher qu’un simple divertissement » («Au risque de la vue», Peinture Cinéma Peinture). 

La question de la dimension éthique et politique de l’art – ou par conséquent la remise en cause de la valeur inconditionnée des œuvres artistiques – ne vaut que pour celui qui prend l’art au sérieux. 

 

Le cours se compose de huit séances qui se sont tenues dans le cadre de la seconde année d'enseignement de l'Université Conventionnelle, entre février et décembre 2010. On trouvera sur Septembre  l'ensemble des cours, ainsi que les documents afférents.

Lire Spinoza

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Ce cours a pour but de rendre plus aisée la lecture de l'oeuvre de Spinoza, en reformulant les principales questions qui animent sa pensée. Nous choisirons comme fil conducteur son interrogation sans doute la plus essentielle, la question proprement « éthique » : comment libérer l'homme de ce que Spinoza appelle sa « servitude » ?

Nous tâcherons de suivre ce problème au gré de nos lectures, depuis sa position dans le Traité de la réforme de l'entendement et le Traité théologico-politique, jusque dans son développement et sa résolution dans L'éthique. Nous tenterons de faire apparaître le lien intrinsèque que Spinoza établit entre la liberté et le savoir, entre la puissance d'agir et la puissance de penser. 

Cette lecture de Spinoza consiste en 5 séances que Julien Douçot a animées entre octobre 2009 et janvier 2010 à l'Université Conventionnelle. On trouvera sur la page du cours les notices renvoyant aux extraits commentés en cours, ainsi que les enregistrements audio des séances, également accessible sur notre compte soundcloud.

Lire Platon

« Voulez-vous prendre une idée de l’éducation publique ? Lisez la République de Platon. Ce n’est point un ouvrage de politique, comme le pensent ceux qui ne jugent des livres que par leur titre. C’est le plus beau traité d’éducation qu’on ait jamais fait. Quand on veut renvoyer au pays des chimères, on nomme l’institution de Platon. Si Lycurge n’eût mis la sienne que par écrit, je la trouverais bien plus chimérique. Platon n’a fait qu’épurer le cœur de l’homme, Lycurge l’a dénaturé. » Rousseau, Emile livre I.

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Le présent cours entend guider l’auditeur dans une lecture méthodique de l’œuvre de Platon. Si nous espérons pouvoir à cette occasion partager le plaisir que donne encore ce texte indémodable, il s’agira également pour nous d’y méditer le paradoxe que décrit Rousseau au début de son Emile

 

Le paradoxe politique


Les hommes sérieux tiennent en effet souvent la politique pour un art subtil où les idées embarrassent. Le « réalisme » courant vante ainsi à peu de frais le pragmatisme et le scepticisme des hommes d’action, tout en riant de l’aveuglement des penseurs, perdus dans la recherche des principes. Sous ce rapport, la cité idéale de Platon a acquis en quelque sorte la réputation de symbole : germe de toutes les utopies, ne fait-on pas d’elle désormais le ferment de toutes les dérives meurtrières ? L’air est bien connu. 

Pourtant, le spectacle du monde, toujours renouvelé, témoigne assez de l’impuissance des hommes de gouvernement pour éveiller l’attention. Car l’illusion du politique consiste justement à croire qu’on peut instituer l’ordre et la justice sans s’occuper de former des hommes aimant réellement ceux-ci. Nulle réforme, nulle révolution ne dispense d’éduquer.

Aussi les idées, et jusqu'aux longues et tortueuses discussions sur les principes et les raisons,  sont-elles en politique non les guides de l'action immédiate, mais bien la condition de la justice et de la santé du peuple. Car sans instruction du peuple les meilleures institutions ne pourront rien. Et l'indifférence du politique à l'égard des idées et des exigences de la pensées, en laissant dégénérer les sociétés jusqu’à la pure barbarie, prépare alors le retour des tyrans. 

Mais parce que Platon n’explique le mal universel que par le jeu des passions en l’individu même, et d'abord de notre commune ignorance, le tout au mépris des analyses de conjonctures, il nous invite surtout à comprendre que nulle paix ne se fera entre les hommes si l’on ne sait d’abord faire la paix en soi. En ce sens, la pensée et le dialogue constitueraient la vraie puissance et la vraie politique. 

De là cette absence de respect propre à l’examen socratique, qui, bousculant toutes les institutions (État, famille, armée…), entend surtout dégager l’esprit de la fascination pour les affaires communes, et lui ouvrir la voie de l’ironie et de la liberté.

 

Une lecture suivie

Ce cours a été dispensé par Frédéric Dupin entre octobre 2008 et janvier 2013 dans le cadre des programmes de l'Université Conventionnelle. Il comporte une cinquantaine de séances parcourant l'essentiel des grands moments du texte platonicien.

On trouvera ici les notices et enregistrements de ces travaux, divisés en cinq "saisons" abordant chacune une partie de l'ouvrage.

 

 

 

L'économie de marché est-elle morale?

L'économie est au coeur de la vie politique et sociale contemporaine. Pourtant elle reste un domaine mal compris, tant les malentendus sont grands entre les économistes et le grand public. Ce cours se propose d'interroger ces équivoques en posant à l'économie, à partir de textes classiques, des questions de sens commun.

Pour la science économique, le marché n’est qu’un concept, un espace abstrait d’échange et de coordination entre les individus ; en tant qu’objet scientifique, il est donc a priori parfaitement amoral. 

Mais en dehors des cercles académiques, le marché est au contraire souvent perçu comme le loup de la logique marchande entrant dans la bergerie des rapports sociaux : il apparaît comme intrinséquement immoral. Ce hiatus entre conception académique et perception courante contrarie le dialogue entre l’économie politique et la société civile. 

Ce cours se propose donc de faire un examen explicite du concept de marché, en posant à quelques textes classiques (Mandeville, Smith, Marx, Weber, etc.) des questions purement morales : quel est la fin de l’action individuelle ? Et de l’action collective ? Quel est la nature du rapport à l’autre ?

 

Note

Ce cours a été dispensé par Thomas Vendryes en cinq séances de janvier à mai 2009. Les séances et documents sont accessibles sur sa page.

 

Lire Tocqueville

Nous proposerons dans ce cours une lecture suivie de l’ouvrage d’Alexis de Tocqueville (1805-1859), De la Démocratie en Amérique (1835 et 1840), qui servira de support à une réflexion collective sur la démocratie aujourd’hui. Il ne s’agira donc pas tant de rendre compte de l’œuvre dans son ensemble ni de sa place dans l’histoire des idées, même si ces points seront abordés incidemment, que de nous attacher à une lecture précise d’un « classique » de la science politique pour en éprouver l’intacte fécondité intellectuelle. 

Le travail s'appuiera sur l'édition courante, GF - Flammarion, de 1981, en 2 volumes, introduction par François Furet. Une version du texte libre de droits est également disponible en ligne et pourra être consultée aisément ici.

 

Pourquoi lire Tocqueville aujourd'hui?

Les références à Tocqueville et à cet ouvrage sont très nombreuses dans le champ universitaire et politique, mais il est rare de trouver des commentaires méthodiques du texte et de ses enjeux. Souvent même les citations qu’on en fait se retrouvent coupées de leur contexte et peuvent prêter à contresens. 

Or, comme le dit Tocqueville lui-même dans son introduction : « Ceux qui voudront y regarder de près trouveront, je pense, dans l’ouvrage entier, une pensée mère qui enchaîne, pour ainsi dire, toutes ses parties. » (p.71) Nous proposerons donc une lecture complète de l’ouvrage afin de tenter de bien comprendre la pensée de Tocqueville et ses implications. Nous tenterons de montrer notamment dans quelle mesure les réflexions de Tocqueville sur la démocratie nous permettent de comprendre nos sociétés actuelles. 

L’ouvrage d’Alexis de Tocqueville  entend en effet avant tout « instruire la démocratie »(Introduction, p.61), c’est-à-dire à la fois ceux qui gouvernent les sociétés démocratiques, mais aussi ceux qui vivent sous ce gouvernement : 

« Instruire la démocratie, ranimer s’il se peut ses croyances, purifier ses mœurs, régler ses mouvements, substituer peu à peu la science des affaires à son inexpérience, la connaissance de ses vrais intérêts à ses aveugles instincts ; adapter son gouvernement aux temps et aux lieux ; le modifier suivant les circonstances et les hommes : tel est le premier devoir imposé de nos jours à ceux qui dirigent la société. Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau » (Introduction, p.61-62). 


Dans une société démocratique, les principes d’égalité de conditions et de souveraineté populaire font de chacun de nous ces dirigeants de la société qu’évoque Tocqueville et auxquels il tente d’apporter quelque lumière sur la marche de notre monde. Il est donc toujours temps de continuer à nous instruire avec lui.

 

Note

Ce cours a été donné par Francisco Roa bastos à l'Université Conventionnelle, entre novembre 2008 et mars 2009. Il comporte 7 séances et de nombreux documents accessibles sur la page de son auteur.

Lire Aristote, l'Ethique à Nicomaque

« Le bonheur est donc coextensif à la contemplation, et plus on possède la faculté de contempler, plus aussi on est heureux, heureux non pas par accident, mais en vertu de la contemplation même car cette dernière est par elle-même d’un grand prix. Il en résulte que le bonheur ne saurait être qu’une forme de contemplation », Ethique à Nicomaque X 9, [1178 b 28].

Les œuvres d’Aristote qui nous ont été transmises sont d’une telle facture qu’elles ne peuvent généralement être lues que par des spécialistes, dont les travaux eux-mêmes ne sont pas toujours accessibles. Ce cours voudrait permettre au lecteur non universitaire de lire directement Aristote.

Si l’œuvre morale qui en est l’objet est un des textes aristotéliciens les plus accessibles, sa lecture doit permettre d’entrer dans une grande philosophie dont les parties ne sont pas séparables. Ainsi le dernier livre de l’Ethique à Nicomaque est une analyse du plaisir dont l’archétype est la contemplation de la vérité, c’est-à-dire la vie philosophique : notre commentaire tâchera de ne jamais perdre de vue cette fin ultime, le plaisir de voir, sur lequel s’ouvre la Métaphysique : vivre, au sens le plus fort du terme, c’est voir. 

Nous commencerons par réfléchir sur notre rapport à l’antiquité, et par rappeler en quel sens Aristote est un socratique. 

Parmi les divers travaux disponibles, on consultera aisément la traduction de Pascale Nau. ; celle-ci est également téléchargeable au format e-book.

 

 

Note

Ce cours a été dispensé par Jean Michel Muglioni au Lycée Dorian lors de la première année d'activité de l'Université Conventionnelle entre octobre 2008 et mai 2009.  Il comporte 13 séances accessibles et écoutables sur la page de Jean-Michel Muglioni sur Septembre.