Jacques Muglioni

Éléments biographiques

Jacques Muglioni est un philosophe et militant français, professeur puis doyen de l’inspection générale de philosophie. Né le 31 juillet 1921 à la Garenne-Colombes, il meurt le 22 janvier 1996 au Vésinet.

Hypokhâgne, lycée Pasteur, 1958. Jacques Muglioni est au premier rang, le 5ème en partant de la gauche.

Jacques Muglioni est né à La Garenne-Colombes, le 31 juillet 1921. Un de ses instituteurs de l’école primaire de La Garenne, qui expose aux Indépendants, lui apprend le dessin. Il fait ses études secondaires au lycée Pasteur comme boursier jusqu’à la classe de philosophie de Georges Bastide[1]. Jacques Muglioni se plaisait à dire que s’il avait eu Sartre comme professeur dans l’autre classe de philosophie du lycée Pasteur, il aurait peut-être pris la voie du dessin – et en effet il a obtenu un accessit au concours général de dessin et n’a jamais cessé de peindre

Les études

Après son baccalauréat de philosophie, il est, de 1939 à 1941, élève en Hypokhâgne et Khâgne au lycée Henri-IV à Paris et à Rennes où le lycée est replié durant l’occupation. Il y a pour professeur de lettres Jean Guéhenno, pour professeur d’histoire André Alba. En 1943, il obtient son Diplôme d’Études Supérieures, en rédigeant son mémoire – « Les étapes de la notion de mythe chez Platon, essai de mythique humaniste » – sous la direction d’Émile Bréhier.

Alors « pion », comme il disait, c’est-à-dire surveillant au collège Chaptal – “instituteur suppléant”, selon les termes de l’arrêté de nomination –, il passe le Certificat d’aptitude à l’enseignement des collèges, lettres et philosophie (CAEC), qui venait d’être créé (et deviendra en 1950 le CAPES). Il échappe ainsi au STO. Nommé en lettres et en philosophie au collège de Charolles le 18 Août 1943, il y enseigne la philosophie, les lettres, le latin et le grec.

Combat politique

A la Libération, il refuse le poste de sous-préfet qui lui est proposé. Lors du congrès de la fédération socialiste de Saône-et-Loire, le 5 novembre 1944, le secrétariat du journal fédéral Le Populaire de Saône-et-Loire lui est confié. Il y écrit des articles. Membre du bureau fédéral de la SFIO depuis le congrès d'avril 1950, secrétaire de la commission « laïcité enseignement », membre du secrétariat fédéral chargé de la propagande, il milite à l’extrême gauche du parti avec Marceau Pivert et le cercle Zimmerwald. Il quitte la SFIO lors de l'arrestation des dirigeants algériens en octobre 1956. En contact avec les milieux d'extrême-gauche et anarchistes, il milite en faveur de l'objection de conscience avec Louis Lecoin. Il rédige quelques courts propos pour un journal anarchiste (lire ici la notice consacrée à Jacques Muglioni dans le Maitron).

Professeur et inspecteur

Il fait la rentrée 1945 comme professeur de philosophie au lycée Lamartine de Mâcon. En 1948, il est reçu à l’agrégation de philosophie. Remarqué dans sa classe de Mâcon par l’Inspecteur général de l’instruction publique Georges Canguilhem, il est nommé à la rentrée 1952 au lycée Janson de Sailly à Paris, puis en 1958 au lycée Henri IV en première supérieure (khâgne) – préparation à l’École Normale de Saint-Cloud – avec complément de service au lycée Pasteur, la photo illustrant cette page en témoigne. De 1961 à 1963, toujours à Henri IV, il enseigne en khâgne classique – préparation à l’École Normale de la rue d’Ulm. 

Il est nommé Inspecteur général de l’Instruction publique le 23 septembre 1963. Il devient Doyen de l’inspection générale de philosophie en 1971. Il a toujours conçu son rôle d’inspecteur comme celui d’un professeur itinérant chargé de la défense de l’enseignement philosophique, et n’a cessé de combattre les réformes ministérielles qui toutes visaient sinon à réduire du moins toujours à dénaturer l’enseignement de la philosophie. En 1982, le ministre de l’Éducation nationale, Alain Savary, pour se débarrasser d’un philosophe gênant, limite à dix ans la possibilité d’être doyen. Jacques Muglioni prend sa retraite en 1983. Inspecteur, il aurait pu rester en fonction jusqu’à soixante sept ans. Installé la moitié de son temps dans sa maison corse, il ne cesse pas son combat. Il meurt le 22 janvier 1996.

 

[1] 1901-1969, qui finit sa carrière professeur d’université à Toulouse.